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Ce forum est dédié aux chroniques colorées des rencontres du FC Auch Gers revisitée par Lou BERET et aux amis du Rugby terroir amazone


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FC Auch Gers Portraits de Joueurs

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1 FC Auch Gers Portraits de Joueurs le Mar 29 Déc - 15:59

Admin


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Préface

J’ai bien volontiers emprunté à Lou BERET le titre de la chronique, pour cette série d’article portrait, concoctés par Bernard Larrieu qui débute avec la poutre Chilienne Sergio Valdez
Intransigeant au combat des regroupements ce taiseux à l’œil malicieux et rieur, est un bonheur d’élégance et de subtilité à la ville grace à une bien belle éducation qui ne gache rien au talent du joueur
Ce n’est bien sur pas un pûr hasard, que de donner la primeur de ces portraits à un « homme du bâtiment » pour qui connait l’assise immuable du Rugby Gersois, et tout ce qu’il doit de sa légende comme de son palmarès à ses hommes « forts de caractère » , respectés sur tous les terrains de l’hexagone

Sergio, a pris sportivement au FC Auch Gers au fil des saisons toute sa dimension de joueur et en belle preuve d’amitié à accepter d’ouvrir cette série de portrait en nous accordant sa confiance

Ces portraits à deux mains, sont un formidable prétexte au voyage, une occasion unique de prendre la mesure si c’est possible de cette alchimie unique qui fait de ce club un formidable « melting pot » lieu de brassage ou se fonde une solidarité remarquable rehaussée par une performance sportive remarquable durant la dernière décennie

L’occasion est belle de poser un autre regard sur les joueurs du FC Auch-Gers venus de lointains horizons qui distille leur culture propre que se soit dans la vie communautaire et la pratique de ce jeu de Rugby quand la passion de leur engagement et leurs études les conduits à rejoindre ce petit coin de Terre Gersoise qui les a accueilli et révélé , parfois à eux même aussi . Par delà les mots et les images, l’occasion était belle de recueillir l’expérience et le regard de ceux qui ont choisi de traverser parfois plusieurs océans pour vivre pleinement leur passion, quittant leur pays et leurs racines ou ils ont laissé leur adolescence pour venir chez nous et défricher le chemin de leur vie d’hommes.
A travers les passions et les coups de cœur de quelques-unes de ses « figures » de notre club fétiche, vous découvrirez sans détour, entre vécu et ressenti, cette expérience unique de partage un métissage culturel entre le pays d’origine et le pays d’accueil. Le rugby en sera le prétexte,et le Gers une terre d’accueil hospitalière fière de ses nouveaux enfants

je tiens à remercier Bernard de nous partager ce beau cadeau de fin d’année et de me faire l’amitié de sa collaboration aux chroniques des « irréductibles « chaque semaine pour votre plaisir à tous je l’espère.

Michel Sespiaut



La cordillère chilienne du FC Auch-Gers, Sergio Valdés

Du Nord aride et riche en cuivre aux majestueux paysages du Sud
Toulouse, boulevard Carnot, bouche de la station de métro François Verdier, le 04-12 dernier, 17 h 20’. Mon portable sonne : c’est Sergio Valdés, deuxième ligne du FC Auch-Gers qui m’appelle et m’avertit qu’il est sur le point d’arriver à notre rendez-vous. L’homme est prévenant affaire d’éducation et de caractère

nous avions précisément fixé notre rencontre à 17 h 20’… Quelques instants plus tard, j’aperçois son imposante silhouette qui émerge au milieu des passants, à une quarantaine de mètres, droit devant moi. Son bras droit se lève, en signe de salut amical et de reconnaissance. Il me rejoint et, après avoir échangé quelques cordialités, nous décidons d’aller nous asseoir au Carno Bar, à deux pas, de l’autre côté du boulevard.
Nous entrons, Stéphane Nicolas, le gérant, est seul au comptoir, aucun client dans la salle. C’est parfait, nous serons au calme. La commande passée, l’entretien démarre en toute simplicité : je rappelle à Sergio le but de celui-ci et sa diffusion postérieure, s’il le veut bien. Il est d’accord. Stéphane, sans doute interpellé par la carrure de ce client inhabituel, n’en perd pas une. Et lorsqu’il entend que ce dernier est d’origine chilienne, il s’anime et intervient poliment et avec enthousiasme, et nous avoue sa passion pour l’Amérique Latine. C’est un bon présage.

Carte générale du Chili Le Chili, un territoire tout en longueur, 4 000 km de côtes du Nord au Sud, un pays coincé entre le Pacifique et cette imposante colonne vertébrale qu’est la cordillère des Andes. Une nature au climat pluriel, où se juxtaposent l’aridité du Nord, le désert d’Atacama sur la partie frontalière avec le Pérou et la Bolivie (4 000 mètres d’altitude, 1 000 km de long et il n’y pleut jamais !…), et les précipitations abondantes au Sud. À la chaleur suffocante de la partie la plus septentrionale s’oppose le froid des hautes cimes de la cordillère et des basses latitudes de la Patagonie et de la Terre de Feu. Une nature ingrate qui laisse peu d’espace et d’improvisation aux hommes qui l’habitent mais qui ont su tirer le meilleur parti de cet environnement inhospitalier.

La richesse du sous-sol se mérite, et c’est au Nord, aride et désertique, et aussi au Centre que l’on extraie le minerai de cuivre qui a été, de tout temps, le moteur du développement du pays. Notamment le gisement à ciel ouvert le plus grand au monde, Chuquicamata dont l’extraction délivre 600 000 tonnes (!) de roches par jour, mais une teneur qui permet simplement l’obtention de 10 kg de cuivre par tonne de roche… Le Sud, lui, offre la beauté de ses paysages, certains grandioses, comme la région des lacs et des volcans, les forêts millénaires,… Enfin, l’océan est poissonneux, ce qui a, depuis des décennies, favorisé les activités de pêche de la puissante flottille industrielle espagnole, laquelle a puisé là force merlu, espadon, et autres céphalopodes, mollusques et crustacés pour ravitailler notre vieux monde…

Calme huileux d’un lac (Sud du pays)
Volcan (Sud du pays)

Baie du lac de Puerto Natales (Sud du pays)
Désert d’Atacama (Nord du pays)

Guanacos du désert d’Atacama (Nord du pays)
Moais (île de Pâques)

L’immense cavité de Chuquicamata (Nord)
Condor de la cordillère des Andes
Quant aux habitants, la démographie témoigne de situations fort inégales, puisque, sur une population totale de l’ordre de 17 millions, Santiago, la capitale, en recense tout de même 6 millions. Valparaiso est la deuxième ville et le premier port du pays, avec de l’ordre d’un demi-million d’habitants, et son centre historique est inscrit au Patrimoine Culturel de l’Humanité de l’Unesco depuis 2003.

Vue plongeante sur Santiago, la mégapole
Vue d’ensemble de Valparaiso

Noël à Santiago
Port de Valparaiso

À Santiago, la cordillère semble parfois flotter au-dessus des nuages…
La zone Centre du pays


Des deux cordillères au Valle del Elqui

Santiago, c’est là où est né Sergio en 1978, d’une mère institutrice et d’un père vétérinaire, là où il a grandi et où demeurent encore aujourd’hui ses parents, sa sœur cadette, et de nombreux amis. Cette filiation géographique à sa capitale ne donne pourtant aucun supplément de fierté à notre homme qui s’avoue admiratif des dimensions de cette cordillère, ensemble montagneux qui est le garant permanent d’une force protectrice immuable ; le peuple est établi à ses pieds, un peu à la manière des sujets rendus et dévoués à leur souverain.
Et à y regarder de plus près, il n’y a pas une mais deux cordillères, l’une majestueuse et presque infranchissable côté Argentine, celle des Andes, et l’autre, plus accessible, celle de la côte. Et Santiago est là, qui étale sa multitude au milieu de ce couloir… Et les mots et les images défilent, et le regard de Sergio s’illumine quand il parle de sa cordillère… Et je me dis, à observer ce géant sympathique, et pourtant si discret, qui s’anime soudain, qu’il a dû nous apporter dans ses bagages un morceau de cette majestueuse montagne, ne serait-ce que quelques cailloux !… En définitive, ces quelques instants, jetés sur ce coin de table, en disent plus long que tous les savants discours… et m’ont suggéré le titre de cet article.

De son pays, il reconnaît aimer par-dessus tout le Valle del Elqui, un territoire de la zone Sud, un lieu calme où le ciel ne s’encombre pas de nuages puisqu’il y pleut peu, mais qui avait tout pour se faire élire en vue d’y implanter un observatoire de l’astrologie. C’est là que Sergio aimerait vivre quand il reviendra au Chili ; et on peut le comprendre tant il est vrai que cette terre est à son image, toute en sérénité, le signe d’une sagesse certaine…

Valle del Elqui, un endroit paisible

Bout du monde ou début du monde ?…

De l’école et du lycée de Santiago, il garde de bons souvenirs. Et se rappelle des écrivains qu’on lui enseignait en ces temps-là, les deux prix Nobel de littérature, Pablo Neruda et Gabriela Mistral ; et aussi cet auteur de légende que fût Francisco Coloane, lequel, peut-être comme nul autre pareil, a décrit la beauté de cette terre, la Patagonie chilienne, et partagé la vie des paysans, des chasseurs et des marins du Sud chilien, depuis ce havre de la Terre de Feu que fût pour lui Punta Arenas. Images insolites et hors du temps qui ouvrent d’autres perspectives aux Européens que nous sommes, d’autres dimensions que celles que nous côtoyons chaque jour : celles de ce Nouveau Monde, pour nous gens du Vieux Monde. On évoque souvent le bout du monde, mais n’est-ce pas plutôt du commencement du monde dont il s’agit ?…

Des canons, vestiges du passé colonial - Bord de mer accidenté à Punta Arenas (Terre de Feu)
Les Espagnols, longtemps maîtres des océans, ont occupé le Chili durant un peu plus de trois siècles, une occupation émaillée d’une guerre qui a duré une centaine d’années, jusqu’à l’indépendance du pays, acquise en 1810. Les populations d’origine, connues comme indiens Mapuches, se sont mélangées aux Espagnols ; aussi désigne-t-on tout Chilien par le terme de criollo, expression de ce métissage généralisé qui s’est accompli au cours de l’histoire.

Cette histoire regardée depuis notre Vieille Europe, c’est aussi le bref mandat (1970-1973) du président socialiste Salvador Allende, renversé par le coup d’état des militaires du général Augusto Pinochet qui prirent d’assaut le palais présidentiel de La Moneda. La triste dictature qui s’ensuivit de 1973 à 1990, le bruit des bottes, le couvre-feu, la police politique de la Dina, la traque des opposants politiques par la caravane de la mort, le plan Condor,… autant de violences terribles, d’interdits et de peurs qui ont marqué la vie des Chiliens et de leurs enfants dont Sergio était alors. Une période de l’histoire lourde à évacuer et qui a donc requis le temps de son expurgation.

Le “jaguar” de l’Amérique du Sud

Et puis, la transition vers la démocratie, d’abord les démocrates chrétiens et ensuite les socialistes Ricardo Lagos et l’actuelle Présidente Michèle Bachelet. Pour Sergio, un discernement s’impose car ce socialisme-là n’a ni la même teneur ni la même signification que celui que nous connaissons en Europe. Il convient donc d’en resituer le contexte géopolitique, notamment la forte influence que les Etats-Unis d’Amérique ont eu de longue date sur le pays, qui a été, faut-il le rappeler, sous la dictature militaire, une terre d’expérimentation privilégiée des thèses monétaristes de l’économiste libéral Milton Friedman et de ses Chicago Boys…

La pensée et la politique économiques du pays s’en trouveront fortement imprégnées, à telle enseigne qu’on a souvent évoqué le “miracle chilien” et qu’en 2009, l’organisation du commerce et des affaires est bien souvent calquée sur celles prônées par le Big Brother… Aujourd’hui pourtant, le Chili dispose d’un statut bien spécifique au sein des organisations internationales, se félicitant de pratiquer la diplomatie multipolaire, de façon à ne dépendre de personne. État non-membre du Mercosur, de l’Aléna et du Pacte Andin, le Chili a développé avec subtilité, des accords de libre-échange grâce à ce statut d’état librement associé à ces trois entités. Une telle liberté doit avoir un prix… Même si le pays paraît bénéficier des effets bénéfiques de celle-ci, et finalement d’une certaine intelligence politique : faiblement affecté par la crise actuelle, peu sensible aux cycles financiers des bourses asiatiques notamment, avec des résultats économiques flatteurs… et des institutions peu marquées par la corruption. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il se voit souvent qualifié de “jaguar” de l’Amérique du Sud ; c’est un fait, avec plus de 13 000 dollars par habitant, le PIB y est le plus élevé de cette région du monde.

Plus que travailleur, le Chilien est industrieux, c’est un constat unanimement reconnu. Bien au-delà de la tradition du minerai de cuivre que le pays continue à exporter, la vitiviniculture s’est érigée en véritable industrie et ses vins de cépage sont connus dans le monde entier. La filière bois a également mis les bouchées doubles et exporte une bonne part de sa production. Tout comme celle du saumon, ce poisson gras pour lequel le Chili est désormais le premier exportateur mondial devant la Norvège. Les branches de l’aviculture et de la viande de porc ne sont pas en reste non plus et sont devenues exportatrices nettes. Le tourisme, quant à lui, continue son développement, et dispose encore d’un fort potentiel de valorisation… Avec son voisin argentin, le Chili entretient des échanges commerciaux et achète en particulier ces savoureuses découpes de viande bovine, los bifes qui continuent de bénéficier de cette réputation historique de meilleure viande au monde et font le bonheur des plus fins gourmets…
Pisco, choclo et rouge Carmenere

En hommage à son pays, Sergio m’avoue que sa boisson préférée c’est cette eau de vie de raisin qu’on appelle pisco. Et que certains vins chiliens retiennent aussi son attention, preuve supplémentaire de son bon goût. Et s’il n’aime ni le Ricard ni le brocolis, ce dont on ne saurait lui tenir rigueur (!), il évoque avec précision sa connaissance de ce cépage que son pays a su ressusciter, qu’on ne trouve nulle part ailleurs, le rouge Carmenere, moins astringent que le Sauvignon, et qui participe à la singularité de la gamme chilienne, pourtant fortement teintée de Cabernet Sauvignon. Côté solide, c’est le choclo, nom local du maïs et qui désigne aussi un plat typique, sorte de hachis parmentier à base de purée de maïs, qui retient sa préférence. Un mets qui associe le salé de la viande de bœuf au sucré de l’amidon de maïs ; notre homme avoue aussi son goût pour les empanadas, sortes de friands généralement farcis à la viande, bien connues en Espagne, en Galice.

Le pisco, alcool national chilien
Grappes de rouge Carmenere

Côté musique, Sergio fait preuve d’éclectisme et écoute un peu de tout, sans préférence vraiment marquée pour un genre musical. Quant à la lecture, il le reconnaît, celle que l’actualité lui propose ne l’inspire guère, trop chargée qu’elle est des malheurs et misères de ce pauvre monde. Comme on le comprend !… En revanche, il avoue avec une pointe de malice l’achat régulier de Midi Olympique qu’il lit avec assiduité et celle, plus fleurie, des chroniques de Lou Béret.

De cette France qu’il connaît bien maintenant, Sergio dira qu’elle est pour lui culture et art de vivre, cuisine de qualité, et qu’elle a su garder une certaine pluralité dans les types d’organisations, des grands magasins mais aussi de petits commerces, de grandes sociétés et des artisans, ce qu’il regrette de ne plus trouver dans son pays. Du Gers, il retient le bon vivre, la tranquillité et la gentillesse de ses habitants qui, grâce au rugby, le reconnaissent et lui témoignent leur amitié. Quant à son Chili natal, il aime bien cette vie tardive à la chilienne, ces sorties parfois interminables en ville où on va manger et boire entre amis jusqu’à point d’heure, à flâner et discuter de tout et de rien, expression de ce sens de la vie et du bonheur propres de ceux qui se contentent de peu, une aptitude à être heureux dans cette convivialité où chacun reste tout simplement lui-même. Un point de ressemblance qu’il note pourtant : Français et Chiliens seraient de sacrés râleurs… Mais, en définitive, qui nous contestera que nous restons les champions inégalés du genre ?!… 

Du Stade Français… de Santiago au FC Auch-Gers
Joueur de rugby dès son jeune âge au Stade Français de Santiago (et oui !…), il ne manque pas d’évoquer aussi ces clubs de première division que sont Viña del Mar / Valparaiso et Concepción, ce Top 8 qui constitue la première division chilienne. International de son pays dès l’âge de 17 ans, Sergio s’est fait repérer tôt dans sa carrière et, avec un de ses amis, est arrivé en France en 2001, à l’âge de 22 ans, à Aurillac, capitale du Cantal, où le dépaysement fût total. Pour y faire une expérience hors de ses bases, sans forcément penser à plus. Aurillac : quel contraste entre sa capitale à lui, Santiago, cette mégapole de l’autre hémisphère, et, de l’autre côté, ces quelques dizaines de milliers de Cantaliens, en pleine campagne !… Après deux saisons réussies, c’est le retour à Santiago pour y terminer sa formation commerciale, les deux années qui manquaient à l’obtention de son diplôme de fin d’études.
Et puis, alors qu’il est à nouveau titulaire dans son club d’origine, en première division nationale, il est repéré par le Métro-Racing 92 pour lequel il signe pour trois saisons, et revient alors en Région Parisienne, du côté d’Antony, en juillet 2004. Mais, gravement blessé à une épaule, ce qui le tient éloigné des stades durant toute une saison, son club saisit alors la possibilité de le suppléer par un joker médical. Entre-temps, un contact se noue avec Broncan l’ancien et le FC Auch-Gers, et la signature pour le club gersois, récemment auréolé de son titre de Champion de France de Pro D2, est effective en juillet 2007.

L’atterrissage dans le Gers ne pose aucun problème, et Sergio s’adapte bien, tant il est vrai que le dépaysement aurillacois a servi d’antidote !…  Et il découvre un nouvel environnement, des supporters exigeants mais connaisseurs, et le club et ses valeurs, distinctes de celles prônées par le Métro-Racing 92. Et saisit le sens de cette lutte permanente pour gagner sur le pré le simple droit d’exister : il connaît alors le Top 14, ses fastes et ses paillettes, et aussi les mécomptes et la redescente vers la Pro D2. Puis vint la saison dernière, celle de tous les doutes et de tous les dangers ; et il décide pourtant de reconduire cette belle aventure humaine, toujours fidèle au Gers. Assurément, le plus dur est derrière lui.
Sergio dans les airs, à Narbonne, en janvier 2009, et la victoire auscitaine au bout.

En pleine possession de ses moyens, son ascension s’est faite sans bruit mais sans coup d’arrêt. Cette progression est à son image, loin du tapage, en toute modestie, mais avec une sacrée solidité. D’ailleurs, il s’excuse presque de signaler qu’il a aussi joué et gagné des compétitions de pelote basque lorsqu’il vivait à Santiago. Le fait est qu’il a pleinement gagné sa place au sein du huit de devant auscitain ; au point de devenir une pièce maîtresse de ce pack d’airain, avec Tao et David, l’une des trois poutres qui charpentent la maison rouge et blanche, un homme du bâtiment sur lequel s’appuyer, de ceux dont les piliers revendiquent cette poussée aussi obscure qu’elle sait être irrésistible.

Et, de tous ces combats où ce rôle d’homme fort confine souvent aux tâches de l’ombre, où on se relève parmi les derniers, avec les épaules rougies et le dos zébré,… Sergio se remémore les faits d’armes les plus saillants qui ont jalonné son parcours. Le plus frustrant, c’est en 2009 qu’il le situe, tous ces matches perdus et ces points envolés au fil capricieux d’un destin injuste… Et pourtant, cet homme-là est bien indulgent et ne garde ni rancœur ni rancune envers les arbitres… Le plus beau, le plus accompli au plan du jeu, reste à ses yeux en 2008, à Bath, en Challenge Européen, où, malgré la défaite, le match du FC Auch-Gers fût unanimement salué par la sportivité d’un public reconnaissant. Et enfin, la plus belle des victoires qu’il a connues à Auch, à ce jour, celle acquise contre le champion de France en titre, le Stade Français (de Paris celui-là !…), sous une pluie battante, à la sortie de l’hiver, en 2008.

Même loin de ses bases, Sergio participe à la dynamique de son pays d’origine, lui qui poursuit une formation complémentaire à l’ESC Toulouse, avec pour but d’acquérir un nouveau savoir-faire, de tisser cette trame entre son sport favori et ses compétences d’homme d’entreprise. Plus tard, il ne sait pas quand, il reviendra à Santiago, ou bien ira s’établir dans le Valle del Elqui où, qui sait… Il mettra en place une structure pour développer ce sport qui a porté ses rêves de jeune homme, et pourquoi pas, construire cette tête de pont avec ses copains du Gers, de France, ou d’ailleurs, pour écrire une nouvelle page de sa vie. Avec pour meilleurs compagnons Barbara son épouse, elle aussi chilienne, et Ignacio son petit garçon. Sa retraite sportive ?… Elle n’est pas évoquée car, jeune trentenaire, Sergio est heureux de jouer, et s’accomplit pleinement au sein de ce sport et de ce club où il n’a que des copains. Des copains qui parfois le taquinent quelque peu lorsqu’il leur raconte des anecdotes vécues au Stade Français… de Santiago fût-il utile de préciser !… Et il me parle de Tao, le grand frère, la mémoire collective de l’équipe au service de chacun ; qu’il appelle sous mes yeux pour lui demander une information, un nom oublié… Mais Tao, l’ami de toutes les batailles n’est pas là, répétant, je l’imagine, dans un lieu tenu secret, un rituel haka aux sonorités victorieuses…

Sergio et Tao, les deux copains, en mai 2009, lors du match FC Auch-Gers-Lyon.
Bernard Larrieu, Don Bernardo del Garona, la Hoja de Toledo
Préface de Michel Sespiaut

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